Le revenu de base, une idée tellement centriste

Alors que la France peine à se dégager de la crise profonde qu’elle traverse – crise économique et financière, mais aussi crise sociale, crise éducative, crise des valeurs – de plus en plus de commentateurs se déclarent persuadés que nous devons utiliser cette crise comme une opportunité pour changer en profondeur notre modèle de société.  Parmi ceux-là, un nombre croissant d’individus ou de réseaux nationaux ou internationaux, de gauche comme de droite, mettent en avant le revenu de base, ou allocation universelle, comme une des clés de cette nouvelle société[1].

La chimère de la croissance-providence

Depuis des décennies, la politique économique de la France a été menée dans le but unique de la quête de la croissance. Quel que soit le bien-fondé historique de cette politique, en particulier dans un contexte de destruction et d’appauvrissement massif du pays après deux guerres mondiales, un constat s’impose aujourd’hui : la croissance s’épuise.

Comme le montre le graphique ci-dessous, la tendance lourde depuis 50 ans est à une réduction progressive de la croissance. Parier l’avenir de la France sur une inversion forte et pérenne de cette tendance est un vœu pieu, dangereux, voire irresponsable.

croissance

De plus, les gains de productivité horaire font que même si la croissance repartait, elle ne créerait pas nécessairement d’emplois. La tendance depuis le début du siècle, grâce aux gains de productivité, est à une réduction massive du temps de travail : passage de 7 jours à 5 jours par semaine, introduction de 5 semaines de congés payés, encadrement de la durée maximale journalière et hebdomadaire du travail. Comme le souligne Pierre Larrouturou[2], en quarante ans, aux Etats Unis qui bénéficiaient d’une croissance forte et où n’existe quasiment aucune règle en matière de temps de travail, la durée moyenne du travail est passée de 38,6 à 33,7 heures par semaine.

Mais outre la question « mécanique » de l’effet d’un éventuel retour à la croissance sur l’emploi, deux questions plus fondamentales émergent aujourd’hui :

-          Dans un pays où la satisfaction ou non des besoins des habitants n’est plus fonction de la richesse totale, mais bien de la répartition de cette richesse, la recherche de la croissance à tout prix est-elle pertinente ? Plutôt que d’améliorer le sort des plus pauvres, ne crée-t-elle pas surtout des inégalités accrues ?

-          Dans un contexte de réduction massive du travail, est-il légitime que celui-ci reste l’unique vecteur de revenu pour un individu ?

Le revenu de base, ou la reconnaissance que la valeur d’un individu ne se résume pas à sa contribution au PIB

Le revenu de base est une somme d’argent, versée mensuellement à tout citoyen, égale pour tous (ou variant uniquement avec l’âge), sans condition d’activité, cumulable avec tout autre revenu, du berceau à la tombe. Des simulations très poussées, en particulier celle de l’économiste Marc de Basquiat[3], ont montré que cette allocation universelle pourrait être en France de 400 à 500 euros par personne, ce qui est égal à la redistribution moyenne actuelle par le biais des diverses prestations sociales.

Financé par un prélèvement progressif sur les revenus primaires (un taux fixe unique s’appliquant aux revenus supérieurs au revenu de base) et une taxe sur les actifs nets, remplaçant l’impôt sur le revenu actuel, le revenu de base se substitue à la majorité des mécanismes redistributifs en vigueur (à l’exception notable des allocations chômage et des retraites).

Le changement clé par rapport à la situation actuelle est la reconnaissance que le simple fait pour un individu d’exister légitime sa prétention à un revenu : le travail, ou le remplissage de telle ou telle condition, cesse d’être le facteur décisif.

Contrairement à l’idée instinctive que l’on s’en fait,  la radicalité du revenu de base n’est pas vraiment économique. Les économistes s’accordent généralement sur le fait que le secteur non marchand et le travail caché (quand vous débouchez vous-même votre évier avec l’aide d’un voisin plutôt que de faire appel à un plombier) supportent une grande partie de l’économie et de la création de richesse. De plus, qu’on le veuille ou non, le revenu de base existe déjà, de manière opaque, à travers les aides, subventions, allocations, crédits d’impôts, etc, qui composent notre paysage fiscal et social. Les moyens de financement sont, eux aussi, assez largement étudiés, compris et assimilés.

Comme le note le journaliste et activiste Stanislas Jourdan[4], le problème n’est donc pas économique mais résolument intellectuel : « il est une chose de distribuer de l’argent par les fenêtres aux électeurs qui crient le plus fort, il en est une autre de donner à tous un revenu sans conditions ni contreparties. Admettre en effet que son voisin mérite tout autant que soi-même une rétribution pour sa contribution à la société nécessite une certaine humilité, ou du moins d’assumer notre interdépendance ».

Le combat pour un revenu de base social, libéral et humaniste doit devenir un marqueur fort du centrisme

Le revenu de base est une mesure sociale

Bien évidemment le revenu de base a un impact social. En découplant la couverture des besoins vitaux d’un individu de l’accomplissement d’un travail rémunéré, le revenu de base éradique la misère profonde. Il permet aussi de résorber certaines inégalités en renforçant le pouvoir des salariés : avec moins d’incertitudes sur leur revenu, ils ne seraient plus tenus d’accepter des emplois mal payés ou pénibles, poussant ainsi les salaires et conditions de travail vers le haut.

Le revenu de base est une mesure libérale

Le revenu de base est libéral en ce qu’il permet de simplifier notre système de redistribution et de le rendre plus lisible et plus juste.  Pris dans son ensemble, le système actuel de redistribution en France

• est extrêmement complexe, onéreux à gérer, et peu flexible,

• est assez faiblement progressif, et l’est principalement grâce au volet prestations, et,  dans une moindre mesure, aux tranches supérieures  de l’impôt sur le revenu,

• est inefficace, dans la mesure où il crée des taux marginaux extrêmement élevés, à la fois au sommet et à la base de la pyramide des revenus,

• est fortement biaisé à l’encontre des revenus du travail par rapport à ceux de l’épargne

En outre, le système actuel crée une «trappe à pauvreté » :  en conditionnant certaines prestations à un seuil de revenu, on rend parfois le retour à l’activité irrationnel en terme de gains. Les individus ont alors intérêt à se détourner de l’activité, processus qui bloque ces personnes dans la pauvreté récurrente et l’inactivité. Le revenu de base élimine cet écueil, et chaque heure de travail supplémentaire génère vraiment un revenu supplémentaire.

Enfin, en réduisant l’incertitude sur les revenus futurs, le revenu de base joue comme un filet de sécurité favorisant la prise de risque individuelle, l’entreprenariat, et le lancement dans des projets potentiellement non-rentables à court terme.

Le revenu de base est une mesure humaniste

Un des arguments forts en faveur du revenu de base est qu’il remet l’humain au centre de la société. Il reconnait que la contribution d’un individu à la richesse nationale ne se mesure pas à son revenu ou à sa capacité à produire du PIB. Il restaure la place de l’économie au service de l’homme, et non plus l’inverse. Le revenu de base a pour but de garantir le respect et la dignité des citoyens, ainsi que de développer leur autonomie. Le revenu de base permet des parcours de vie choisis par l’individu et, éventuellement, en dehors de la sphère conventionnelle de l’emploi rémunéré. Il permet à ceux qui souhaitent travailler, soit parce qu’ils aiment leur travail, soit parce qu’ils souhaitent des revenus plus importants , de le faire. Mais il permet aussi à ceux qui préfèrent contribuer à la société autrement de le faire aussi, par le biais d’activités bénévoles, ou par le simple fait de s’occuper de leur famille, puisqu’une partie de leur revenu est déjà assurée.

Le revenu de base, le réveil de la politique ?

Le revenu de base est fondamentalement lié aux valeurs centristes et à celles, sociales, libérales et humanistes, de l’UDI. L’UDI veut sonner le réveil de la politique et, comme le soulignait le Président Giscard d’Estaing dans son message de soutien, elle devra le faire en s’appuyant sur des idées et non sur des manœuvres.  Je forme le vœu que l’UDI ait la volonté, l’ambition, le courage de proposer des réformes structurelles de la société. Je forme le vœu qu’elle s’engage dans la défense du revenu de base.

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