Centre hospitalier de Roubaix, réunion d’information syndicale

Centre hospitalier de Roubaix, réunion d’information syndicale 

28 mai 2009 de 14H – 15H30

Jean-François SOYEZ

Jean-François SOYEZ

Entre 30 et 40 personnes se sont joints aux trois représentants syndicaux (1 de la CGT, 2 de SUD)

M. Frédéric Derycker monopolise la parole pour montrer son acharnement à combattre la direction et en particulier Monsieur Marlier, Directeur des ressources humaines. Durant cette séance d’information, l’Etat, lui-même, sera mis en cause à plusieurs reprises. On ira jusqu’à soutenir que la crise économique et financière actuelle a été voulue par les dirigeants des grosses entreprises et des gouvernements. En un mot comme en cent, il s’agirait d’un coup monté. Je manifeste donc ma surprise et mon désaccord. Mal m’en à pris puisque j’étais immédiatement accusé de n’avoir rien compris, pauvre homme que je suis. Mes demandes d’explications plus complètes sont restées sans réponses claires et étayées. L’ignorance plane. Le monologue continue. Ces gens pourtant sont convaincus, en toute bonne foi( ?) de ce qu’ils disent… Imagine-t-on un instant que General Motors ait participé volontairement à sa mise en faillite ? Si oui, pourquoi ? Peut-on vraiment dire et laisser dire que tous les patrons des grandes entreprises sont des pourris ? Pour moi non, pour eux, la réponse est évidemment oui… Sans patron, pas de salariés. Sans salariés heureux au travail pas d’entreprise pérenne, c’est mon point de vue. Il faut donc apprendre les uns et les autres à communiquer clairement ensemble. Ce n’est pas gagné…

J’en reviens à la situation du centre hospitalier de Roubaix puisque c’est celui pour lequel je donne une grande partie de ma vie.

Monsieur Derycker aborde le problème posé par les 35H. D’après ce qu’il décrit, assez bien d’ailleurs, avant la signature du protocole d’accord sur les 35H, en 2002, le personnel bénéficiait de 27 CA (jours de Congé Annuel) et de 2 HS (Hors Saison : Jours accordés à raison d’1 par période de 3 jours de CA posés hors périodes de vacances estivales) ainsi que 3 jours chômés (1 en avril, 1 en septembre et 1 en juin je crois). Au total le personnel avait donc droit à un maximum de 32 jours de congés (CA+HS+Chômés) ainsi qu’aux jours fériés légaux. Après l’accord de 2002 et l’arrivée des 35H le nombre de jours de congés est passé à : 25 jours de CS, 2 HS, 1 Fractionné (jour octroyé si les congés ont été pris en 5 fois au moins) et 2 chômés. Le personnel avait, dès lors, droit à un maximum de 30 jours de congés et aux jours fériés. Dans le même temps, des RTT étaient attribués aux personnes s’engageant à travailler 37H30 par semaine au lieu des 35H fixés par la loi. Le nombre de RTT fut fixé à 15 pour les personne travaillant à temps plein, soit 37H30/semaine.

En 2004 c’est le lundi de pentecôte[i] qui était supprimé et l’argent de ce jour travaillé était reversé à un fonds spécial devant venir en aide aux personnes âgées mais aussi, par la suite, aux personnes handicapées. Cette suppression de jour férié à soulevé un tollé important de la part des travailleurs. Il est donc depuis redevenu férié, mais à charge pour chaque salarié de faire don d’une journée dite de solidarité. La somme versée au fonds correspond à 0,3% de la masse salariale des entreprises. Quelques unes de ces dernières n’exigent d’ailleurs pas du salarié de ‘rendre’ une journée de travail. Ces patrons sont-ils pourris ?

Bref, à l’hôpital de Roubaix les syndicats trouvent qu’on leur retire tous les acquis. Il y a deux mois environ, à l’occasion d’un CTE (Comité Technique d’Etablissement) les syndicats auraient appris de la part de la direction son intention de réviser le protocole d’accord des 35H. De l’aveu même de la CGT la direction est restée floue, voire évasive. Pourtant les syndicats hurlent déjà que le projet est de supprimer les RTT en 2010. Je fis remarquer lors de cette réunion que la direction n’a encore officiellement rien dit à ce propos et qu’il serait bon de lui demander de s’expliquer ; histoire, pour le personnel de bénéficier de l’avis des uns et des autres. L’empêcheur de râler tranquillement – que je suis pour certains – avait encore frappé avec une remarque frappée au coin du bon sens… Il serait pourtant trop rapide de me taxer de soutenir la politique de la direction puisque je ne la connais pas plus que les syndicats eux-mêmes. Mes rapports avec la direction sont ceux que tout agent a avec sa direction et aux groupes de travail auxquels je participe. Rien de plus. Je dirais même que mes questions assez fréquentes et parfois appuyées pourraient me valoir un marquage du dossier professionnel au feutre rouge. Mais nous ne sommes plus dans cette époque ou les agents n’avaient pas ‘le droit’ d’exprimer un avis ou un souhait inhabituel. Ce qui est sûr c’est que l’hôpital de Roubaix comme tant d’autres doit se réorganiser pour faire face aux exigences légitimes de la population et aux impératifs économiques. Si on me laisse entendre que l’hôpital n’a pas de problème financier et même, à mots couverts, que le déficit a été « provoqué volontairement » il faut rappeler que le centre hospitalier de Roubaix revient de loin. Il a, en effet, dû faire face, au pire, à un déficit d’environ 12 millions d’euros. Et comme 12 millions d’euros ne se trouvent pas sous le sabot d’un cheval l’ARH à demandé à l’hôpital de faire des économies et de redresser la barre. Alors j’ose cette question : « Que ce serait-il passé si la direction n’avait pas mis en place un plan de redressement, notamment en annonçant qu’elle ne remplacerait pas un départ à la retraite sur deux sur une période de trois ans ? » Sans ce plan de sauvegarde qui, hélas, ne permettra pas de remplacer 190 départs en retraite l’hôpital serait sans doute devenu une petite entité de l’hôpital de Tourcoing, avec toutes les conséquences que cela aurait entrainées : fermetures de services, perte d’emploi, appel à des entreprises externes pour certaines prestations : jardins, entretien… La situation n’est pas rose, mais entre tous les maux je préfère le moindre. Le combat de la direction, celui des salariés, des citoyens et des élus de tous bords aura permis d’obtenir une enveloppe de plusieurs millions d’euros. Veut-on faire chemin inverse et remettre en danger notre établissement de santé qui a pourtant une excellente réputation ? Au fond, je pense que chacun veut préserver l’hôpital. La façon de manifester son attachement à l’établissement n’est pourtant pas la même selon sa catégorie et ses fonctions, selon que l’on soit à la recherche de montée d’adrénaline lors des manifestations ou bien que l’on pense à long terme à préserver le territoire de santé du versant Nord Est… bref, ce 28 mai 2009 ce qui inquiète les syndicats et les 30 à 40 personnes présentes c’est « réfléchissons à comment organiser notre prochaine action de contestation. Fixons un calendrier d’actions pour la rentrée». Je surprends le syndicaliste à proposer que chacun fasse une heure de grève par semaine. Je l’interroge un peu plus tard sur l’utilité d’une telle action. J’avais mal compris ou plutôt entendu des voix puisque « l’on n’a jamais dit cela ». Ma santé mentale est donc en jeu. Il faut donc sauver mon hôpital et me trouver une chambre confortable…

J’en reviens quand-même à ce point. Faire grève, à tour de rôle, une heure par semaine, cela reviendrait – selon moi – à se tirer des balles dans les pieds. La première balle parce que la principale victime de cette action serait le salarié lui-même. Deuxième balle dans le pied parce que cette action affaiblirait notre hôpital avec les conséquences possibles que l’on connaît déjà. D’où ma proposition de poser des questions claires et directes à la direction et en particulier à Monsieur Marlier qui n’a pas cessé d’en prendre plein la figure : « arriviste » « il a les dents qui rayent le plancher » « il postule pour devenir directeur général de l’hôpital de Tourcoing » et j’en passe. Ces propos sont abjects ; j’assume pleinement ma position et mes propos ; je suis un homme libre. Ma certitude est que l’on ne règle pas les problèmes en en ajoutant de nouveaux.

Je propose donc une chose simple :

  • Syndicats et salariés expriment par écrit et/ou rencontre publique avec la direction ses craintes, ses souhaits et les éventuels autres griefs.
  • De l’autre côté, par le même procédé, la direction répond clairement aux questions et inquiétudes posées et précise ce qu’elle souhaite mettre en place ; quand et comment elle souhaite s’y prendre mais aussi les autres choix qui s’offrent à elle pour atteindre ses objectifs.

C’est seulement après un échange de ce type que chacun des employés pourra dire s’il estime nécessaire de s’élever contre la volonté de la direction. En attendant, chacun ayant le droit de connaitre son avenir il conviendrait de mettre un peu de bonne volonté à expliquer calmement et clairement l’avenir qui se dessine pour le centre hospitalier de Roubaix et donc pour ses salariés.

La perte des jours de RTT semble être la préoccupation majeure de l’intersyndicale présente. La crainte est légitime, mais on ne pourra pas parvenir à répondre aux besoins et impératifs de chacun dans un climat malsain. Direction et salariés doivent discuter avec, éventuellement, la participation des syndicats. Je dis éventuellement car ils sont si sûrs que tout est fichu qu’ils pourraient profiter des jours de RTT qu’il leur reste pour se remettre de leurs émotions, à ce jour, officiellement non fondées…

Un point de vue strictement personnel m’oblige à vous dire que je ne suis pas favorable à la remise en cause des jours de RTT. Pour plusieurs raisons. D’abord, parce que revenir sur un acquis est un signe de recul inacceptable. Ensuite parce que les jours de RTT permettent aux fonctionnaires hospitaliers, quelques soient leurs fonctions et catégories, de souffler. Le travail est de plus en plus lourd et le personnel est grosso modo à nombre constant d’une année sur l’autre. La pression mise par certains praticiens pour des raisons souvent mal expliquées et, trop souvent, inutiles ajoute au malaise croissant de mes collègues. Moi-même je reconnais être atteint par une sorte de découragement après avoir tant espérer exercer mes fonctions dans des conditions proches de l’idéal. Je suis vraiment convaincu que supprimer les RTT entrainerait une catastrophe pour l’hôpital. Pourquoi ? Parce que le personnel continuerait de tomber d’épuisement en faisant de facto bondir le taux d’absentéisme des agents, ce qui n’est bon n’y pour les personnes soignées, ni pour l’hôpital, ni pour les organismes indemnisant les arrêts maladie. Nous sommes, dans certains services, à « flux très tendu » et il ne faudrait pas casser le peu de force qu’il reste. Un ajout de mission supplémentaire, même paraissant simple, causera bientôt de réels dégâts. Nous ne voulons pas en arriver là. Je pense aussi qu’avant toute modification dans les roulements de travail, les horaires etc. il est important de faire un état des lieux et d’essayer de rééquilibrer les forces vives de l’hôpital. Le personnel devant être invité (au sens propre), voire incité, à changer de service sur la base du (vrai) volontariat. Une prise de décision ferme et définitive, qui plus est imposée à un agent n’a jamais eu d’effet bénéfique sur le travail fourni et la qualité d’accueil ou de soins. Là encore les victimes seraient aussi les personnes soignées. Souvenons-nous qu’un employé heureux au labeur travaille mieux, travaille plus et a un taux d’absentéisme quasi nul. Autant de paramètres qu’il serait suicidaire de ne pas prendre en compte.

Les syndicats ont profité de ce jour de réunion d’information syndicale pour déclarer que les directeurs ont droit, chaque année, à 20 jours de RTT. Ils ajoutèrent également que les cadres ne se verraient pas supprimer leurs jours de RTT. Hé bien tant mieux pour ces gens ! Notre but n’est pas de réclamer la suppression de leurs acquis, mais de demander que les nôtres soient, eux aussi, préservés. Ne prenons pas les problèmes à l’envers. Il faut gommer les inégalités. Il faut aussi mettre un frein aux exigences – généralement suivies d’un accord – des médecins recrutés qui réclameraient, en plus d’un très bon salaire, que leurs conjoints soient eux-aussi embauchés et le tout avec maison de fonction. Et puis quoi encore ? Si les syndicats sont légitimes pour défendre les salariés et dénoncer les faits, il leur faudra gagner en crédibilité en apportant des preuves irréfutables de ce qu’ils avancent. La direction, elle, devra tout mettre en œuvre pour ne pas céder aux chantages indécents de la part de personnes aux revenus bien plus décents. Mais, dans le même temps, la direction devra faire le maximum pour que tous ses agents aient de véritables moyens de travailler décemment sans qu’ils aient peur du lendemain et qu’ils ne craignent la remise en cause des acquis souvent arrachés de hautes luttes.

J’en suis sûr, les rapports entre les administrations et salariés vont s’améliorer mais je crois aussi que cela ne sera possible que grâce à l’expression du bon sens. Sens qui manque trop souvent à celles et ceux qui ne savent pas se mettre à la place de « l’autre » ; cet autre que nous sommes tous.

Jean-François SOYEZ

 


[i] La Journée de solidarité, créée en 2004, s’organise désormais « à la carte ». Mais elle n’a jamais été aussi utile, compte tenu du vieillissement de la population (source : http://www.leparisien.fr/economie/la-journee-de-solidarite-a-rapporte-11-milliards-d-euros-01-06-2009-532939.php ) rappelons que la canicule de 2003 avait provoqué la mort de 15000 personnes âgées)

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À propos de Jean-François SOYEZ- Wattrelos2020

Citoyen engagé! Anciennement: Délégué Nouveau Centre de la 8ème #Circonscription du #Nord, membre du conseil fédéral du nord, membre du conseil national. Ancien membre de l'UMP et de LR mais toujours électron libre. Rejoignez-moi pour faire gagner vos propositions mais aussi à changer la ville de #Wattrelos, socialiste depuis trop longtemps. Modifions la politique de la ville grâce à un large rassemblement ouvert à toutes les bonnes volontés au-delà des étiquettes! La société civile sera largement représentée. Les municipales de 2020 se préparent dès maintenant, contactez-moi vite. #Wattrelos #2020 #Wattrelos2020 @JFSoyez
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