Sur le Concept du Visage du Fils de Dieu – ou peut-on tout dire parce qu’on en a le droit ?

De même que la liberté des uns s’arrête là ou commence celles des autres, la liberté d ’expression des uns s’arrête là ou commence la liberté d’opinion des autres. La Voix du Nord relate les manifestations entourant la représentation à Villeneuve d’Ascq de l’oeuvre de Romeo Castellucci Sur le Concept du Visage du Fils de Dieu. Ces événements forment un enchainement maintenant prévisible, la réaction plus ou moins violente d’une partie de la population à ce qu’elle perçoit comme une attaque contre la religion, et la récupération de cette réaction par une frange plus extrémiste. La polémique Charia Hebdo dans un passé proche, mais aussi les manifestations contre la Dernière Tentation du Christ de Scorsese, les Verset Sataniques de Salman Rushdie, ou les caricatures de Mahomet publiées au Danemark, puis dans France Soir et Charlie Hebdo s’inscrivent dans ce même schéma.

Que penser de tout cela ? En premier lieu, marquons très clairement un soutien sans faille à la liberté d’expression, une condamnation sans équivoque de toute violence ou intimidation ayant pour but de limiter cette liberté, et renforçons l’évidence que soutenir le droit de quelqu’un à l’expression ne marque pas nécessairement adhésion à ses propos. Selon la formule apocryphe de Voltaire, « je désapprouve ce que vous dites, mais je défendrai votre droit de le dire ». Donc, on peut ne pas être d’accord avec Charlie Hebdo ou Castellucci, questionner le bon gout, le timing et la pertinence leurs messages, mais défendre leur droit à exprimer leurs idées.

Cependant nous défendons aussi le concept d’une société libre, ou l’Etat et la loi n’intervienne que pour fixer les grandes rêgles, pour tracer dans le sable les limites à ne pas dépasser.  Il appartient alors à chaque citoyen de définier pour lui-même, à l’intérieur de ces limites, une conduite acceptable. Parceque l’on peut rouler à 130km/h sur autoroute ne veut pas dire que l’on doive le faire en toutes circonstances. De même, la jouissance légale d’une large liberté d’expression n’implique pas le bien-fondé moral, ou citoyen, automatique de toute expression. Parceque l’on peut tout dire signifie—t-il que l’on doive le faire ? Est-il acceptable, au prétexte de la liberté d’expression, d’exprimer des idées dont la conséquence prévisible (et, dans certains cas, le seul but) est de dresser une partie de la population contre l’autre ?

La liberté d’expression n’implique-t-elle pas aussi, parfois, de faire le choix de se taire ?

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