Roubaix : le Roi est mort, vive le Roi!

J’ai toujours cru, naïvement, que la politique était un service que l’on rend et pas une carrière.

J’ai toujours cru qu’un mandat politique était un moyen et non une fin.

Ces dernières semaines ont été riches en contre-exemples et en illustration du fait que pour la majorité de nos dirigeants, à l’échelle locale comme nationale, la pyramide est renversée. Le mandat est une fin, et si pour en arriver là il faut se prêter au jeu de l’élection, soit, mais n’en faisons pas trop. L’élection se joue avant tout dans les coulisses des partis, à coup de tractations et de négociations : laisse-moi être candidat pour ci, et en échange tu pourras être candidat pour ça. Loin de voter pour un programme, les citoyens votent pour la carrière de l’un aux dépends de celle de l’autre. Dans le meilleur des cas. Quand ils votent. Ce qui n’était pas le cas hier soir pour l’élection du maire de Roubaix.

Hier se tenait le conseil municipal procédant à l’élection du maire, en remplacement du démissionnaire René Vandierendonck. L’opposition municipale, par l’intermédiaire de Max-André Pick, mettait le doigt sur le malaise. Les roubaisiens ont voté pour un maire, ou du moins une liste, en 2008. L’esprit de la démocratie aurait voulu qu’ils retournent aux urnes, même si la loi ne l’exige pas. A défaut, il aurait été, là encore, démocratique, d’élire le numéro 2 de la liste, Fanny Bullaert. Malheureusement, une conception de la politique différente de celle du maire l’a amenée à démissionner il y a quelques mois. Le numéro 3, alors? Oups, pas possible, il n’est pas du bon parti. Et voilà comment on se retrouve avec pour maire le 17è de la liste, et pour premier adjoint le 15è. Pour montrer sa

Pierre Dubois, nouveau maire de Roubaix. Photo Nord Eclair.

désapprobation, l’opposition municipale, par l’intermédiaire de Max-André Pick, a déclaré « le bal des faux-culs ouvert », avant de donner rendez-vous au printemps 2014 et de quitter la scéance afin de ne pas assister au « mariage du lapin et de la carpe », référence à l’inimitié à peine couverte entre le nouveau maire et le nouveau premier adjoint.

Slimane Tir, pour le groupe d’opposition  OuVERTement à gauche, a lui procédé à un numéro d’équilibriste assez délicat. Tout en votant pour la candidature de Pierre Dubois (une investiture PS/EELV aux législatives vaut bien cela), il a posé un ultimatum pour 2014, fondé sur un postulat que je partage pleinement. Roubaix a besoin d’un maire à plein temps, pas d’un intérimaire jonglant avec plusieurs mandats. Voici un extrait du discours de M. Tir :

« Depuis plusieurs décennies, chez les écologistes, nous considérons que la modernisation de la vie politique, le renouvellement doit passer par une application stricte du non-cumul des mandats.
Nous pensons que nos concitoyens attendent, des serviteurs de la chose publique, une occupation à temps plein des mandats en C.D.D. qu’ils nous font l’honneur de nous confier. Vous avez déclaré, à de nombreuses reprises « avoir été hanté par le mandat de trop ».
Vous avez choisi de vous appliquer par anticipation cette règle, proposée avec force et conviction  par Martine AUBRY, très largement approuvée par les militants socialistes.
C’est une manière de tourner la page René, (permets moi cette familiarité), qui te grandit. »

Messieurs les conseillers généraux Tardy et Massrour, qui êtes déjà dans les starting-blocks pour les municipales de 2014, à bon entendeur…

Slimane Tir a raison. Moi aussi j’en ai assez. Roubaix mérite mieux que d’être l’échiquier sur lequel s’affrontent les prétendants aux honneurs politiques. Les tractations ayant donné lieu aux candidatures aux législatives, à droite comme à gauche, sur les 7è et 8è circonscriptions, sont indignes. L’annonce déjà faite d’une candidature de Pierre Dubois à sa propre succession en 2014, pour démissionner ensuite à mi-mandat, est un affront fait à tous ceux et celles qui votent pour un homme et son programme, plutôt que pour un parti et son appareil. Roubaix, c’est 100.000 personnes qui ont besoin de sentir qu’ils ne sont pas des pions à prendre. C’est surtout 60 à 70% d’abstentionnistes dans l’esprit desquels rien, jamais, ne changera à Roubaix.

La farce de l’élection du maire de Roubaix hier ne peut qu’achever de les convaincre. D’ici 2014, nous militerons pour une vraie démocratie locale et pour une reprise en main de la politique roubaisienne par les roubaisiens.

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