Conseils de Quartier : ma lettre à Renaud Tardy, Premier Adjoint au Maire de Roubaix

Depuis plusieurs mois, je tente en vain d’interpeller la Mairie sur le rôle des conseils de quartier, et les modalités de leur renouvellement, prévu au printemps 2012. Sur son nouveau site internet, Renaud Tardy fournit une opportunité supplémentaire de faire passer ce message, je lui ai donc envoyé aujourd’hui la lettre suivante.

Monsieur
Je découvre avec plaisir votre site internet, et je vous remercie de diffuser, par ce biais, votre vision d’un avenir possible pour Roubaix.
Je suis particulièrement interpellé par le passage suivant, dans la section consacrée à la Justice :
« Je le constate très concrètement : les décisions qui concernent la vie quotidienne des gens comme la propreté, la santé, les transports, la sécurité, le confort et la beauté de la ville sont trop souvent confisquées par les « hommes de dossiers », les spécialistes et les techniciens. Résultat : les gens ne se reconnaissent plus dans les actes et la politique. Conséquence, ils ne vont plus voter et ne respectent plus rien ! Les plus timides s’enferment chez eux, jusqu’à rejeter les autres…, les tempéraments les plus chauds s’agitent et saccagent… Bref, il n’y a pas d’autre choix que de faire confiance à la Justice »
J’avoue avoir été surpris par votre conclusion. Plutôt que le recours à la justice, ce que l’on aperçoit en filigrane dans votre discours, c’est la nécessité de la recherche du niveau pertinent d’action publique, l’impératif absolu d’une application des principes de subsidiarité et de suppléance, par lesquels la responsabilité d’une action publique, lorsqu’elle est nécessaire, doit être allouée à la plus petite entité capable de résoudre le problème d’elle-même.
Bien souvent, cette entité est le citoyen, ou le groupe de citoyens au sein d’une même rue ou d’un quartier. Les moyens existent, à travers les Conseils de quartiers, de donner cette plus grande autonomie et responsabilité aux citoyens. Encore faut-il que ces Conseils soient utilisés à ces fins, et non comme un moyen de verrouiller toute opposition et de s’assurer que les décisions seront bien, comme vous le dîtes,  « confisquées par les hommes de dossiers ».  Je ne reviendrai pas sur la polémique qui entoura, à leur création, la composition des Conseils de quartiers de Roubaix, et j’accepterai comme une coïncidence la présence en nombre de membres de la section PS locale ou du comité de soutien à René Vandierendonck. Je suis cependant forcé de m’interroger à la fois sur l’utilité de ces Conseils, leur « santé », et la volonté de la Ville de les faire vivre :
–          Le fait que le Conseil de quartier Centre ait réuni récemment 4 conseillers sur les 70 membres n’est pas un signe évident de la bonne santé de ce Conseil
–          Le fait que, malgré des demandes répétées en mars, avril, et encore ces derniers jours, au Maire Adjoint chargé de la démocratie locale, à l’Adjointe chargée des quartiers Sud (mon quartier), aux chefs de projet / agents de développement local, aucune précision ne m’ait été apportée quant au renouvellement des Conseils de quartier, pourtant prévu selon leur règlement intérieur au printemps 2012, n’est pas un signe évident de la volonté de la ville de s’appuyer sur ces Conseils et de les faire vivre.
Monsieur le Premier Adjoint, je sais qu’il est tentant de vouloir construire par décrets et règlements une société idéale, en s’appuyant sur une Ville qui commande et contrôle les actions de milliers de citoyens infantilisés. J’ai la faiblesse de croire que Roubaix possède toutes les énergies, toute la créativité, tous les talents nécessaires à son redressement, son développement et son rayonnement, à condition que la municipalité fournisse à ses citoyens un milieu favorable à l’expression de ces talents. A mon sens, cela passe en premier lieu par une réelle politique de démocratie participative et par un vrai rôle accordé aux Conseils de quartier, aussi je vous saurais gré de bien vouloir m’informer des modalités en place pour le renouvellement de ces Conseils.
Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

Je vous tiendrai bien évidemment au courant de la réponse de M. Tardy.

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2 Commentaires

  1. Je vous remercie de réagir à la mise en ligne de mon site et aux réflexions qui y figurent.
    Monsieur,
    J’ai bien conscience que les conseils de quartier ne peuvent pas être un remède miracle (s’il y en avait un, ça se saurait !) mais je ne peux tout de même pas vous laisser dire que ceux-ci seraient « un moyen de verrouiller toute opposition ».

    Je participe régulièrement à des conseils de quartier et je peux vous dire qu’ils sont loin d’être composés de « béni oui-oui ». Leur composition est encore moins verrouillée puisqu’au-delà des conseillers municipaux qui sont membres de droit du conseil de leur quartier, une large place est laissée au tirage au sort.

    Vous faites remarquer malicieusement la présence de membres du Parti Socialiste. Et bien je crois que c’est tout à l’honneur des militants socialistes que de s’impliquer dans la vie de leur quartier. Permettez-moi d’ailleurs de vous signaler au passage que lorsqu’il s’agit de consacrer un peu de temps et d’énergie aux rendez-vous démocratiques, le Parti Socialiste est bien souvent la seule force politique présente dans les bureaux de vote. Il serait heureux pour une bonne santé démocratique que tous les partis fassent preuve de la même présence.

    Quoiqu’il en soit, puisque vous m’interrogez sur le renouvellement des conseils de quartier, je peux vous rassurer : ce renouvellement aura bien lieu !

    Fabrice BELIN, mon collègue adjoint au Maire chargé de ce sujet, a à cœur de renouveler et intensifier la vie des conseils de quartier.

    Afin d’organiser au mieux ce renouvellement, tirer les leçons des années écoulées et lever toutes les inquiétudes quant à une potentielle « instrumentalisation » de ces conseils, une évaluation participative va être très prochainement mise en place. Nous pouvons raisonnablement nous donner comme objectif d’en évaluer les résultats pour la fin de l’année. De nouvelles modalités pourront alors, le cas échéant, être collectivement définies afin de permettre une désignation des futurs conseillers au début de l’année 2013.

    Il n’y a donc pas lieu d’être aussi pessimiste que vous ne l’êtes et ce d’autant plus que je peux témoigner que certains conseils de quartiers, tel que celui des quartiers Ouest, qui s’est tenu dernièrement à la Plus petite galerie du monde, font le plein.

    Permettez-moi par ailleurs de vous rappeler que la démocratie participative se vit aussi fortement dans le cadre des conseils municipaux décentralisés qui n’ont pas d’équivalent pour faire se rencontrer les conseillers de quartier et les conseillers municipaux.

    Enfin, mettre en place des dispositifs formels est une chose, leur donner les moyens de les animer en est une autre, c’est pourquoi il me semble important de rappeler l’action de Fabrice Belin en matière de formation des conseillers de quartier (y compris à l’expression en public) ainsi que la présence de l’outil internet « la Fabrique » qui est à la disposition de tous les acteurs de la démocratie locale roubaisienne.

    Vous pouvez donc être rassuré sur le fait que Pierre Dubois, le Maire, et l’ensemble de l’équipe municipale ont à cœur de donner aux acteurs des quartiers les moyens de renouveler leur expression pour une meilleure gouvernance municipale.

    Bien cordialement,
    Renaud TARDY

  2. Grégory Wanlin

    Merci pour cette réponse. Concernant la composition des conseils de quartier, ce que vous prenez pour de la malice n’est que de la mémoire, en particulier le souvenir de débats relayés par la presse à l’occasion d’un conseil municipal, mais comme je l’ai écrit, je suis prêt à considérer que c’est une coïncidence.

    Concernant la tenue des bureaux de vote, on pourrait, avec force exemples et contre-exemples, tenter de prouver tout et son contraire. Je n’ai pas demandé leur couleur politique aux assesseurs du bureau 166 quand j’ai dépouillé récemment, mais je sais que certains d’entre eux sont militants UMP. Je sais aussi que d’autres membres de l’opposition municipale tenaient d’autres bureaux. Mais ce n’est pas le sujet.

    Le cœur du sujet, et ce qui nous différencie, est notre conception de la participation populaire. Vous la voulez organisée par les partis, encadrée par des experts-es-démocratie. Le Centre la veut spontanée. Comment des experts peuvent-ils prétendre savoir quelle association ou entreprise est représentative d’un quartier? Pourquoi ne pas laisser les citoyens décider eux-mêmes? Vous voulez plus de participation des citoyens à la tenue des bureaux de votes? Pourquoi tant vouloir contrôler ce processus en vous contentant de le proposer à des électeurs tirés au sort? Pourquoi ne pas solliciter les candidatures par le biais du site internet de la Mairie (pourtant, la section ‘Je vis la démocratie’ s’y prêterait fort bien), ou par voie d’affichage?

    En résumé, vous voulez planifier, contrôler, organiser la vie des gens pour eux. Nous pensons que les gens en sont bien capables eux-mêmes, si on leur fournit un cadre adapté.

    Très cordialement

    Grégory Wanlin

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