Réflexions sur « Chez Salah »

J’ai assisté vendredi soir à la projection de « Chez Salah, ouvert même pendant les travaux ». Le documentaire retrace le combat de Salah Oudjane, refusant de quitter son café, qui se dresse maintenant seul au milieu des 90 hectares de friche du site de l’Union.

Le sujet du documentaire n’est pas original : le combat de David contre Goliath, l’habitant qui refuse de vendre pour céder la place à un méga-développement, ont été traités maintes fois au cinéma. Ce qui fait la force de « Chez Salah », c’est le contexte.

Chez Salah

Chez Salah – (c) Ptitgibus

La zone de l’Union a une histoire. Elle a une âme. Pendant longtemps elle fit la force industrielle de Roubaix, jusqu’à ce que ses entreprises ferment une à une. Les anciens habitants interrogés par les réalisateurs témoignent tous de cette fierté d’habiter ce quartier animé, où on bossait dur, où la vie n’était pas facile, mais où on se serrait les coudes. Tant le film que le débat qui l’a suivi m’inspirent deux reflexions.

La première concerne l’énorme responsabilité des villes de Roubaix, Tourcoing et Wattrelos et de LMCU de rendre une âme à cet endroit. Il mérite mieux qu’un lotissement, fût-il à haute qualité environnementale, et que quelques commerces et immeubles de bureaux. Un endroit n’acquiert une âme que si, en retour, ses habitants acceptent d’y déverser une partie de la leur. A ce titre, on peut être encouragés par l’initiative d’auto-réhabilitation de l’îlot Stephenson, qui permet aux futurs habitants d’acquérir leur maison à un coût réduit tout en participant eux-mêmes à sa réhabilitation. Nous regrettons seulement qu’il ait fallu les années de combat des habitants du quartier, réunis dans l’association Rase pas mon quartier, pour en arriver là. Sur une carte, élus et administratifs avaient pensé raser ces deux rues. Ils avaient oublié que des gens y habitaient, que ces personnes y avaient bâti leur maison, leurs souvenirs, leur fierté, leur dignité, leur bonheur…

Ma deuxième réflexion est d’ordre plus politique. La première personne à s’exprimer durant le débat à l’issue de la projection annonça que quand on est de gauche, on ne peut qu’apprécier le film. Effectivement, le documentaire fait la part belle aux anciens habitants déplorant que ces salauds de patrons les aient laissés tomber après les avoir exploités pendant des années. C’est de bonne guerre, et il est vain d’entrer ici dans un débat sur la mondialisation, la compétitivité de l’industrie française, etc. Cependant, les critiques dénoncèrent ensuite le manque de concertation des citoyens sur le nouveau projet. Seulement, on ne peut pas à la fois se revendiquer de la gauche et, quelques phrases plus tard, déplorer la main-mise des politiques et des experts. Rappelons que pour les socialistes, la société s’organise par la raison, en s’appuyant sur un Etat qui commande et contrôle afin de garantir une égalité de fait. La vision d’un monde planifié par des experts est un élément central de la philosophie socialiste. En cette période électorale, il n’est pas inutile de le rappeler.

En attendant que le quartier de l’Union sorte de terre, allez donc boire un café chez Salah. Le prix, 1,30€, n’a pas changé depuis 2000.

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