Conseils de quartier : coproduire la ville, ou s’écouter parler?

La vidéo de présentation des Conseils de quartier de Roubaix leur donne un but ambitieux : permettre aux habitants de coproduire la ville qu’ils souhaitent. A ce titre, les Conseils de quartier sont la pierre angulaire du dispositif de démocratie participative, et j’avais décidé d’assister à celui des quartiers Sud, hier, afin de me rendre compte directement de ce qui s’y passait.

Bien que la séance soit publique, il est clair que la venue d’un citoyen lambda est un évènement rare : ‘Vous êtes juste habitant ? Bon, ben asseyez-vous autour de la table avec les autres, il devrait rester de la place. Mais comment avez-vous été au courant de la réunion ?’ Effectivement, si j’avais dû m’en tenir aux moyens officiels d’obtenir l’ordre du jour, j’attendrais encore (coucou madame le Maire de Quartier, si vous ouvrez votre boîte aux lettres, vous y trouverez mes demandes – plus besoin d’y répondre). Effectivement aussi, les 42 chaises prévues pour accueillir les plus de 70 membres du conseil se révélèrent plus que suffisantes, puisque seulement 19 membres étaient présents.

Les Conseils de quartier : moyen de coproduire la ville, ou mécanisme de communication verrouillé?

Outre le nombre de chaises vides, la première chose frappante est la composition du Conseil. Ce n’est faire injure à personne que d’affirmer que des habitants et membres d’associations, dont la moyenne d’âge devait hier tourner autour de 65 ans, ne peuvent être représentatifs des habitants, associations, entreprises, commerçants et services publics du quartier dont la moyenne d’âge des participants doit être de 30 ou 35 ans. Bien que n’étant ni dans l’une ni dans l’autre catégorie, j’ose affirmer que les préoccupations d’un retraité de 70 ans ne sont pas les mêmes que celles d’un commerçant de 30 ans.

Si le Conseil doit être un moyen pour les habitants de coproduire la ville, il doit être un espace de discussion, de débat et, crucialement, de prise de décision. Or, l’ordre du jour était composé de 3 présentations, 1 exposé, 1 information et 2 interventions. Pour la discussion, pour le débat, pour les décisions, vous repasserez.

Je ne nie pas l’intérêt des sujets présentés hier. Le projet Activités Jeunesse Eté 2012 ou le réaménagement du terrain rouge des Hauts Champs sont des projets importants, mais clairement leur présentation détaillée devait être faite aux comités de quartier concernés, le Conseil de quartier devant être le théâtre d’une réflexion sur le bilan, les enseignements et la transposabilité à d’autres quartiers.

De même, un élément majeur fut un point sur le budget 2012. Sur les 70.000 euros de budget, 33.000 ont été dépensés, principalement en travaux à l’Ecole Edouard Vaillant et en Mairie centrale, pour l’installation d’une caméra de surveillance boulevard de Fourmies (en service d’ici la fin de l’année), et en affranchissement et téléphone (7000€). Je suis sidéré que cette présentation n’ait fait l’objet d’aucune discussion. Pourtant, les points de débat sont évidents :

–          Est-il normal que le budget du Conseil de quartier soit utilisé pour des travaux en Mairie centrale ?

–          Si l’entretien des écoles du quartier est de la responsabilité de la Mairie de quartier (ce qui peut se concevoir), la Mairie de quartier doit disposer du budget adéquat.

–          Dans une ville où les besoins sont aussi criants que Roubaix, est-il normal que moins de la moitié du budget de la Mairie de quartier soit consommé ? N’est-ce pas là le signe manifeste d’un manque d’idées, d’ambition, d’initiative, d’implication ?

Le seul élément de communication des conseillers vers les co-présidentes fut leur perception des points positifs et négatifs, après 3 ans de tenue du Conseil. J’ai pris soin de noter ces points et je les retranscris verbatim ici, ne sachant pas s’ils seront repris dans le compte-rendu officiel du Conseil. Je pense qu’ils se passent de commentaires.

Positif

Négatif

Co-présidence d’un élu et d’un habitant Participation finale : de 100 membres à moins de 20
Travail en commission La communication ne passe pas : on apprend après coup qu’il y avait un Conseil
Avoir des habitants membres du Conseil Démotivation
Visites très intéressantes à l’Edhec et au centre de valorisation des déchets d’Halluin On tourne en rond, on n’avance pas
Ambiance des réunions très agréable Pas assez de support pour les commissions
Quelle est l’utilité / l’impact réel vs la Mairie
Manque de représentativité (âge / entreprises / éducation nationale)

En résumé je trouve regrettable que ce Conseil n’ait été qu’un espace de communication. Ce n’est pas le mécanisme le plus approprié, la ville dispose de nombre d’outils mieux adaptés pour ce faire. Dans mon esprit, il a manqué cet équilibre entre information, discussion, génération d’idées et décision, qui est indispensable si le Conseil doit remplir son objectif. C’est certainement uniquement par ce biais qu’il deviendra réellement représentatif des habitants et acteurs associatifs et économiques du quartier, et leur permettra de coproduire leur ville.

Et c’est exactement ce que nous proposerons, d’ici quelques semaines, pour changer la ville dès 2014.

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3 Commentaires

  1. belin

    Bonjour,
    Bien que je ne sois pas d’accord avec tous les arguments présentés, je trouve votre analyse pertinente et cela me semblerait intéressant d’en discuter avec vous. Si vous êtes d’accord, je me permettrais de communiquer votre analyse aux conseillers de quartiers et de le mettre en débat dans cette phase d’évaluation des conseils de quartiers afin d’y apporter les changements nécessaires.

    Je reste à votre disposition pour échanger à ce sujet.

    Cordialement
    fabrice belin
    adjoint au maire
    delegue à la démocratie participative

  2. Grégory Wanlin

    Bonjour, à votre disposition pour en discuter, en mairie ou dans un café roubaisien, pour soutenir le commerce local 🙂

  3. Pingback: Complètement timbrés « Roubaix au Centre

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