Pas assez bobo, le jardin du Comité de Quartier Hommelet ?

Le jardin du comité de quartier de l’Hommelet ne correspondrait-il pas à l’idée que se fait la ville d’un jardin participatif? Trop fouillis ? Pas assez vert? Trop ceci ? Pas assez cela ? Toujours est-il que Nord Eclair rapportait ce week-end la surprise de la présidente et du permanent du comité de quartier, en apprenant que le jardin devait être mis à profit du collectif des Saprophytes pour la Fête des Jardins Rêvés de l’Union. En gros, un appel à projet est lancé afin de transformer ce jardin. Le hic ? Le comité de quartier n’en savait rien avant de découvrir un panonceau vissé sur le mur.

On peut penser ce que l’on veut du jardin : certes ce n’est pas Versailles, et effectivement le budget de 4000€ proposé pourrait faire une énorme différence, mais en tant que jardin pédagogique géré par et pour les habitants, il est agréable et remplit son office.

Alors quel est le problème ? Encore une fois, ce mépris des habitants et cette violence envers leur assemblée représentative locale provient d’une vision de la démocratie où les structures participatives décentralisées n’ont pas pour but de donner aux citoyens les moyens d’inventer la ville, mais principalement d’être un relais local de la communication de l’exécutif municipal. Les comités et conseils de quartier ne sont plus, depuis bien longtemps, des structures de concertation et de démocratie locale, mais des leviers politiques. Comment s’étonner, dès lors, de leur désaffection par les habitants ?

Pendant longtemps, Roubaix a pu s’enorgueillir d’être un pionnier de la démocratie citoyenne , l’Atelier Populaire d’Urbanisme de l’Alma-Gare devenant, en 1969, l’ancêtre du premier comité de quartier en France. Il est significatif que ce comité de quartier n’existe plus, pas plus que celui du Pile, et que la plupart des autres peinent à exister.

Notre vision de la démocratie participative est claire. Les problèmes doivent être traités au plus près de la population, avec une charte et des missions claires pour chaque comité, éventuellement différentes dans chaque quartier, et un budget pérenne et réellement participatif (c’est-à-dire dont le comité de quartier a le réel contrôle) pour les mener à bien. Mais surtout, l’enjeu de la démocratie participative est d’établir un réel rapport de force, de permettre un réel contrôle de la politique de la ville par les habitants. Avant d’être participatif, c’est surtout démocratique. Chiche ?

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2 Commentaires

  1. Merci d’avoir abordé la question. J’apporte ici quelques rectifications :

    En fait, les Saprophytes sont venus visiter notre jardin, sont tombés sur notre animateur-jardinier, lui ont parlé de partenariat, en lui disant que les modalités n’étaient pas fixées, en mars 2012 ; Aucun autre contact avant notre coup de gueule d’hier.

    Tout récemment donc, et quasiment jour après jour sans qu’aucune discussion ni contact n’ait eu lieu : on a vu des photos dévalorisantes de notre association (le jardin en bordel, etc) publiées sur internet (le dossier d’appel à projet), ensuite on a vu arriver la lettre de la mairie sur la mise à disposition du jardin au profit des Saprophytes (la mairie leur répondant de voir avec nous, ce qui est à souligner), le jour d’après le panonceau vissé sur le mur de la façade (« Ici bientôt un jardin » des Saprophytes… ), puis enfin, l’article dans Nord Eclair annonçant l’action à notre adresse, sans qu’on soit au courant, bref tout ça sans qu’il y ait eu un minimum de geste basique de politesse. C’est en cela que la manoeuvre est autoritaire et violente. La courte discussion que j’ai eu avec les Saprophytes, depuis grâce au journaliste de Nord Eclair, dit en gros que ça vient de la Sem Ville Renouvelée, dont je n’arrive pas à comprendre ce que c’est (une société privée qui gère des fonds publics ? et qui annonce sur son propre site le projet des « Jardins Révés »).

    Tu évoques la question de la démocratie participative portée par des conseils consultatifs animés par la mairie, ou des associations Comité de quartier (précurseurs à Roubaix depuis les luttes urbaines de l’Alma Gare), il faut aussi parler de la question de la démocratie locale et de la décentralisation, concernant LMCU et cette SEM (l’une finance l’autre qui possède aussi des actionnaires, donc des actions, donc ça rapporte ???) et la relation que peuvent en avoir les habitants, dans un contexte, tout de même d’abstentionnisme électoral majoritaire.

    Je ne suis pas d’accord sur la phrase « il faut donner des missions aux comités de quartier » : Attention à l’instrumentalisation ! Il faudrait plutôt « assurer aux comités de quartier les moyens et la liberté de pouvoir s’exprimer et faire des actions d’éducation populaire à partir de leur propre maitrise d’usage. » Nous devrions être là (nous les assos de quartier) avant tout pour porter une parole des habitants émergente, ascendante, plutôt que de répondre à un « besoin » de l’institution. Sinon, on reste dans les RP ou dans la comm’ descendante.

    Sinon, pourrais-tu stp retirer ces photos dégradantes de notre jardin extraites du dossier de l’action car nous n’avions jamais donné notre accord pour diffusion (et nous leur avons aussi demandé de supprimer). Merci d’avance !

  2. Grégory Wanlin

    Merci pour ce commentaire, Bruno. Je n’ai pas employé la phrase « il faut donner des missions aux comités de quartier ». Comme toi, je pense que les comités de quartier ne sont pas là pour assurer des délégations de service public déguisées, avec, comme tu le soulignes, les risques d’instrumentalisation qui vont avec.
    Pour autant, dès lors que ces comités existent avec le soutien (financier entre autres) de la commune, il parait indispensable que les grandes lignes de l’utilisation de ce budget soient définies. Tout comité de quartier porte un ou plusieurs projets qui sont particulièrement appropriés au quartier et portés par ses habitants, et pour lesquels il a développé une réelle compétence. Quand je parle d’ « une charte et des missions claires pour chaque comité » ce que je veux dire est que ces projets spécifiques portés par chaque comité de quartier doivent être identifiés, sanctuarisés afin qu’on ne tente pas de développer un autre projet avec la même finalité en parallèle, que le CQ doit en avoir la maîtrise de A à Z, mais qu’il doit aussi accepter que les résultats et les méthodes soient analysés afin que ce qui est transférable à d’autres quartiers le soit.
    Sur le fait que les CQ doivent avant tout être porteurs de la parole et des attentes des habitants plutôt que le véhicule d’une communication descendante, il n’y a pas de débat. C’est ce que je veux dire quand je dis que l’enjeu de la démocratie participative est d’établir un réel rapport de force.

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