Roubaix : le chômage progresse de 23% en 3 ans

La voix du Nord rapporte les chiffres du dernier baromètre emploi de Lille Métropole. Roubaix compterait (à fin septembre) 13590 demandeurs d’emploi. Ils étaient, selon l’INSEE, 12851 en 2011 et 11043 en 2009. Je ne connais pas les chiffres de la population active pour 2011 ou 2012 (elle était de 38477 en 2009), mais on peut imaginer qu’elle évolue au même rythme que la population dans son ensemble, soit un déclin moyen de 0.2% par an. Ceci nous donnerait un pourcentage de chômeurs de 28.7% en 2009, 33.5% en 2011, et 35.5% en 2012.

Au-delà des chiffres, toujours un peu abstraits, la réalité de la situation économique de la ville est claire pour quiconque fréquente le centre-ville de manière régulière. L’espace Grand Rue se vide petit à petit, les grandes surfaces ferment les unes après les autres (Match à l’Epeule récemment, Darty au centre ville au printemps prochain pour ne citer que les plus récents), chaque fermeture emportant avec elle 2, 3, 5 ou 10 emplois. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. L’emploi en France, ce n’est pas PSA, Orange ou Mittal, c’est des millions de TPE et PME, qui chaque jour ferment ou licencient l’équivalent de 2 Mittal Florange. L’emploi en France, et à Roubaix, c’est avant tout un salon de coiffure, un plombier, une boulangerie, un jardinier, une blanchisserie, un restaurant, un photographe, un couvreur, un kiné, une librairie, qui mis bout-à-bout forment le tissu économique et social d’une ville. Sur les 7930 établissements actifs sur Roubaix au 31/12/2010, 6020 étaient des commerces et services ou des entreprises de construction employant moins de 9 salariés.

Bien sûr, il y a un problème de désindustrialisation de l’économie française. Mais au niveau municipal, la revitalisation de l’économie et de l’emploi passe avant tout par la mise en place d’un environnement favorable au commerce de proximité. Frédéric Bastiat disait « L’économie c’est du jardinage. Proposer un environnement favorable et laisser pousser. » Or force est de constater que peu de choses ont été faites à Roubaix pour proposer cet environnement favorable. Oh, j’ai lu la liste de 10 vagues mesurettes publiées ce mois-ci par la Mairie. C’est bien, mais c’est tard, c’est peu et c’est surtout anecdotique, à l’exception du renforcement de la sécurité et de la propreté.

Le vrai problème de l’économie roubaisienne est simple. Un commerce a besoin de clients, qui ont besoin d’argent. Or, 46% des ménages roubaisiens vivent sous le seuil de pauvreté, avec un revenu médian de 670 euros, et contribuent peu a la vitalité de l’économie. Bien entendu, une partie de ce chiffre est dû à la crise, mais une autre part est un choix de la Mairie. En favorisant le développement d’habitat social ou très social très au-delà du minimum légal de 20% (maintenant 25%), Roubaix crée un appel d’air d’habitants précaires. Roubaix compte aujourd’hui 40% d’habitat social ou très social. C’est énorme. Le nombre de foyers imposables est bas (moins de 30%) et sur une tendance décroissante. Bien sûr, il n’est pas question de pointer du doigt ces Roubaisiens en situation précaire,  bien au contraire, nous souhaitons qu’ils reçoivent toute l’aide dont ils ont besoin. Mais pour paraphraser Michel Rocard, Roubaix ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part. Continuer d’accueillir autant de foyers précaires est destructeur pour tout le monde: pour l’économie de la ville, comme pour ces foyers eux-mêmes. Il est illusoire – non, j’irai plus loin, c’est mentir a ces gens que de leur faire croire que la ville a les ressources, en argent ou en personnel, pour les aider. C’est leur mentir que de leur faire croire qu’ils trouveront un travail dans ce bassin d’emploi ravagé.

Pour diminuer le nombre de chômeurs a Roubaix, il faut pouvoir s’occuper sereinement des Roubaisiens actuels en recherche d’emploi. Il faut leur donner une chance de trouver un emploi, en arrêtant de charger une barque qui a déjà chaviré et émerge à peine. Au-delà des questions d’emploi, c’est simplement une question de dignité : Roubaix ne peut pas accueillir dignement toute la misère du monde. Nous appelons à un moratoire sur la construction de logements sociaux, et au contraire au développement du parc privé destiné aux classes moyennes. Les usines converties en lofts ont montré que Roubaix pouvait les attirer. Il est impératif de rétablir l’équilibre, de réinjecter de l’argent dans l’économie locale, de recréer de l’emploi de proximité, pour qu’enfin Roubaix redevienne une ville ou on vit et travaille, et ne devienne pas une ville-dortoir.

 

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