Allocations familiales : pour élargir le débat

Le gouvernement réfléchit (décodage : a pris la décision mais attend le moment propice pour l’annoncer) à soumettre les allocations familiales à une décote pour les ménages aisés. En tant que telle, la proposition ne choquera personne, sous réserve que la définition de « ménage aisé » soit appropriée. On a entendu, à gauche comme à droite, des parlementaires se déclarer favorables en principe à cette mesure, et les sondages montrent que les Français y sont globalement favorables. Clairement, les 100 ou 200 euros mensuels des allocations familiales sont plus utiles aux ménages en difficulté financière qu’aux ménages aisés.

Mais c’est là que le bât blesse. La réflexion du gouvernement est à sens unique, poussée par le seul objectif comptable de faire des économies. La réduction pour les uns ne s’accompagne pas d’une augmentation pour les autres.

Afin d’élargir ce débat à la sphère sociale et plus seulement comptable, je crois utile de rappeler trois points :

  1. La montée continue du chômage et de la précarité a engendré l’exclusion durable d’une part croissante de la population hors de la sphère de l’emploi : on

     peut aujourd’hui parler d’un noyau dur de la pauvreté, c’est-à-dire de personnes, et parfois de ménages entiers, durablement pauvres;

  2. Or, pour près des deux tiers des allocataires de minima sociaux qui recherchent activement un emploi, cette recherche d’emploi se heurte à des contraintes financières et matérielles (difficultés de garde d’enfants, coût ou absence de transports, etc);
  3. Il existe corrélation très forte entre pauvreté monétaire et difficultés scolaires : le taux de retard en sixième est de 35% pour les enfants des familles les plus pauvres, contre 12% pour les enfants des ménages les plus riches.

Afin de sortir d’une vision court-termiste qui n’offre aucune perspective d’espoir aux ménages les plus en difficulté et qui entretient le déterminisme social, il convient d’adopter une politique différente :

  • D’une part, renforcer l’aide aux ménages pauvres avec enfants, en instaurant une allocation familiale dès le premier enfant (sous conditions de ressources).
  • D’autre part, compenser le surcoût en attribuant toutes les allocations familiales sous conditions de ressources (en les supprimant pour les revenus élevés), ou en modulant le nombre d’enfants à partir duquel elles sont versées en fonction des revenus.
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